Plaisirs et besoins ?

28Déc - by admin9596 - 0 - In Uncategorized

Ou en est le plaisir, ou en sont les besoins ? La grande naïveté des politiques est terrifiante pour résoudre nos problèmes de société. C’est notamment ce qui est sorti du livre blanc du séminaire de Deauville sur le plaisir social. Malheureusement la naïveté s’en va, même des régions populaires. Nous voyons le peuple des villes, et celui des campagnes à sa suite, rompre avec les bonnes traditions. L’esprit perverti par l’alcool, la passion du jeu, les lectures malsaines, contracte peu à peu des goûts maladifs. La vie factice fait irruption dans les milieux jadis simples, et du coup c’est comme lorsque le phylloxéra se met à la vigne. L’arbre robuste de la joie rustique voit sa sève tarir, ses feuilles se teindre de jaune. Comparez une fête champêtre du bon vieux style avec une de ces fêtes de village soi-disant modernisées. D’un côté, dans le cadre respecté des coutumes séculaires, de solides campagnards chantent les chansons du pays, dansent les danses du pays en costume de paysans, absorbent des boissons naturelles et semblent complètement à leur affaire. Ils s’amusent comme le forgeron forge, comme la cascade tombe, comme les poulains bondissent dans la prairie. C’est contagieux, cela vous gagne le cœur. Malgré soi on se dit: «Bravo les enfants, c’est bien cela!» On demanderait à être de la partie. De l’autre côté, je vois des villageois déguisés en citadins, des paysannes enlaidies par la modiste, et comme ornement principal de la fête un ramassis de dégénérés qui braillent des chansonnettes de café-concert: et quelquefois à la place d’honneur quelques cabotins de dixième ordre venus pour la circonstance afin de dégrossir ces ruraux et leur faire goûter des plaisirs raffinés. Pour boissons, des liqueurs à base d’eau-de-vie de pomme de terre ou de l’absinthe. Dans tout cela ni originalité ni pittoresque. Du laisser aller peut-être et de la vulgarité, mais non pas cet abandon que procure le plaisir naïf. Cette question du plaisir est capitale. Les gens posés la négligent en général comme une futilité; les utilitaires, comme une superfétation coûteuse. Ceux qu’on désigne sous le nom d’hommes de plaisir fourragent dans un domaine si délicat comme des sangliers dans un jardin. On ne paraît se douter nullement de l’immense intérêt humain qui s’attache à la joie. C’est une flamme sacrée qu’il faut nourrir et qui jette sur la vie un jour éclatant. Celui qui s’attache à l’entretenir, fait une œuvre aussi profitable à l’humanité, que celui qui construit des ponts, perce des tunnels, cultive la terre. Se conduire de telle sorte qu’on maintienne en soi, au milieu des labeurs et des peines de la vie, la faculté d’être heureux et qu’on puisse, comme par une espèce de contagion salutaire, la propager parmi ses semblables, est faire œuvre de solidarité dans ce que ce terme a de plus noble. Donner un peu de plaisir, dérider les fronts soucieux, mettre un peu de lumière sur les chemins obscurs, quel office vraiment divin dans cette pauvre humanité! Mais ce n’est qu’avec une grande simplicité de cœur qu’on arrive à le remplir. Nous ne sommes pas assez simples pour être heureux et pour rendre les autres heureux. Il nous manque la bonté et le détachement de nous-mêmes. Nous répandons la joie comme nous répandons la consolation, par des procédés tels que nous obtenons des résultats négatifs. Pour consoler quelqu’un que faisons-nous? Nous nous attachons à nier sa souffrance, à la discuter, à lui persuader qu’il se trompe en se croyant malheureux. Au fond, notre langage traduit en paroles de vérité se réduit à ceci: «Tu souffres, ami. C’est étrange; tu dois te tromper, car je ne sens rien.» Le seul moyen humain de soulager une souffrance étant de la partager par le cœur, que doit éprouver un malheureux consolé de la sorte? Pour en savoir plus, allez sur le site de l’organisateur de ce séminaire à Deauville.