30 km/h partout en ville, est-ce bien raisonnable ?

20Fév - by admin9596 - 0 - In Uncategorized

Si personne ne conteste le fait de rouler deux fois plus lentement dans les centres-ville historiques et à proximité des établissements publics (écoles, hôpitaux, piscines, stades, etc.), étendre une allure d’escargot à toute l’agglomération frise la paranoïa sécuritaire. C’est pourtant la nouvelle mode chez les maires qui entendent ainsi, sans examen approfondi, améliorer les conditions de vie et de sécurité de leur ville.

Ainsi, l’ensemble de l’agglomération de Grenoble, soit plus de 400 000 habitants répartis dans plus de 40 communes, a été limité à 30 début janvier. Une mesure en partie motivée par les problèmes locaux de pollution d’une ville enserrée entre ses montagnes. Mais d’autres n’ont pas cette justification et Paris, jamais en retard d’une bataille anti-automobile, passera au 30 km/h pour une moitié de son territoire en 2016, l’autre moitié, la pilule passée, la rejoignant en 2020.

Et la contagion gagne puisque, qu’elles soient petites ou grandes, puissantes ou faibles, d’autres les ont devancées comme Lorient, Rennes, Melun, Salon-de-Provence…et, relève Christiane Bayard de la Ligue de défense des conducteurs (LDC), ce sera peut-être aussi bientôt chez vous. 

« Et là, on ne parle pas du centre-ville historique s’emporte-t-elle. Non. La limitation à 30 concerne l’ensemble de la ville, de bout en bout ! Vous voyez ces zones industrielles et ces faubourgs déserts, où il est déjà difficile de rester à 50 ? Ces grandes rues larges aux trottoirs bien séparés de la chaussée ? Là aussi, les gens sont condamnés à se traîner à 30, vitesse ridiculement basse. Faites l’essai : vous verrez, c’est insoutenable ! »

Deux fois plus lentement qu’à 50


Le 30 km/h en ville est arrivé à Grenoble début janvier © DR


En effet, si 50 km/h apparaissent déjà faibles, 30 km/h, c’est pratiquement diviser par deux l’allure réglementaire actuelle. Et lorsqu’on voit ce qui s’est passé avec la baisse de 10 km/h sur le périphérique parisien, il y a tout lieu de redouter une pluie de sanctions. Celle-ci a en effet provoqué une hausse de 20 % de PV. « Alors, imaginez… une baisse de 20 km/h dans une ville entière », dit Christiane Bayard !


Il est vrai que pour être crédible, une mesure de sécurité routière doit être comprise et ce n’est assurément pas le cas de celle-ci qui motive l’ire de la LDC. Adepte de la formule, elle lance une grande consultation nationale et invite les Français à signer une pétition contre ce qu’elle appelle une mesure ridicule, prise par des maires sans aucune consultation de leurs administrés. Et à l’appui, elle avance quelques solides arguments.

Elle soulève les temps de parcours rallongés pour rejoindre les lieux de travail, la désertion des centres-ville et de leurs commerces par des usagers dissuadés de croupir dans des embarras de circulation, car, plus on ralentit l’allure, plus on crée les conditions d’un probable embouteillage en cours de formation. La mécanique des fluides, à laquelle s’apparente la circulation automobile, est incontestable sur ce point. Mais un élu local, comme un responsable politique, ignore bien souvent ce qui relève de la science ou même du simple bon sens. Bien peu s’informent des expériences passées tentées dans ce domaine.

« Et ça n’est pas un hasard s’ils ne veulent surtout pas connaître l’avis des gens concernés : quand on leur demande, ils sont contre ! C’est ce qui s’est passé à Strasbourg, quand les élus ont voulu passer la ville à 30 », s’indigne Christiane Bayard.
 Elle dénonce aussi le surcroît d’attention qu’il faudra accorder aux compteurs de vitesse alors qu’il vaudrait mieux guetter ce qui se passe autour du véhicule pour éviter une collision. Piétons indisciplinés, cyclistes inconscients et deux roues motorisés en slalom géant constituaient déjà des épreuves difficilement surmontables. Avec des automobilistes condamnés au 30 km/h, cela va devenir un calvaire.

1 million d’euros le kilomètre aménagé


« Le 30 km/h multiplie le risque d’accident là où l’on devrait au contraire être très attentif aux autres usagers comme les cyclistes, responsables de 45 % des accidents les impliquant. Et surtout, ajoute Christiane Bayard, toutes les études sont formelles à ce sujet : abaisser la vitesse de 50 à 30 km/h augmente considérablement le bruit et la pollution, avec des émissions de polluants qui vont jusqu’à doubler. Un comble. Les gens qui habitent en ville, censés profiter de l’abaissement, vont en être les premières victimes ! »

Il reste un argument de poids qui consiste en l’aménagement des voies urbaines en fonction de cette nouvelle pratique où l’automobile ne sera plus que tolérée. Pour aller au bout de la démarche, les municipalités ne se contenteront pas en effet d’un simple changement de panneaux, mais engageront des travaux pour aménager les voies urbaines en conséquence.

Pour donner la priorité aux bus et aux vélos, les villes vont jouer avec les chaussées resserrées, les dos d’âne, les chicanes et autres ralentisseurs tout en multipliant les voies à contresens pour les cyclistes. Selon l’évaluation du Programme interministériel de Recherche et d’Innovation dans les Transports terrestres, le coût moyen de ces aménagements nécessaires au passage à 30 km/h est estimé à…. un million d’euros au kilomètre !

Pour les financer au moins en partie, on pourra compter sur les PV au tarif de 135 € dès le premier kilomètre/heure en trop. À ce rythme, assurément, ce sont les cyclistes qui demain seront en excès de vitesse. Il reste tout de même un moyen de faire prendre conscience aux maires de l’exagération du projet en signant la pétition « Non à la généralisation du 30 km/h en ville » ! Un seul d’entre eux a une vue complète des choses, c’est celui de Montrouge. Il a examiné de manière objective, sans a priori « anti-voiture »,  toutes les conséquences de cet abaissement de vitesse… et il y a renoncé.

Pour signer la pétition « Non à la généralisation du 30 km/h en ville »