Yann Le Floc’h, l’homme qui rend le luxe accessible

28Fév - by admin9596 - 0 - In Uncategorized

Les idées les plus prometteuses naissent souvent de situations incongrues. En 2008, fatigué par le rythme éreintant d’une carrière dans la finance, Yann Le Floc’h part se reposer quelques jours en Tunisie. Pas de chance, les caprices de la météo ont eu raison de celui qui espérait trouver chaleur, soleil et cocotiers. Las d’observer la houle des vagues, le futur entrepreneur se résigne à faire le tour de la presse économique, avant de s’attaquer aux féminins de sa chère et tendre. Alors que les uns se font l’écho des mésaventures judiciaires des géants du luxe face à leurs contrefacteurs, les autres regorgent de bonnes adresses pour dénicher des sacs griffés à prix réduit. La pluie s’abat, le tonnerre gronde et Yann Le Floc’h a un éclair de génie… InstantLuxe.com est né !

Showroom d'Instant Luxe. © DRShowroom d'Instant Luxe. © DR
Showroom d’Instant Luxe. © DR

Le Point.fr : Quel est le concept d’InstantLuxe.com ?

Yann Le Floc’h : L’idée n’est pas révolutionnaire, mais elle apporte une réponse à une demande du marché. On met en relation sur le Web des acheteurs et des vendeurs de produits de luxe d’occasion, avec la particularité que tous les produits qui passent par la plateforme Instant Luxe sont authentifiés et expertisés par des spécialistes, avant d’être envoyés aux acheteurs.

Que trouve-t-on sur le site ?

De la maroquinerie, de l’horlogerie, de la joaillerie et des accessoires. Contrairement à nos principaux concurrents, nous ne faisons pas de prêt-à-porter. À vrai dire, nous avons essayé d’en faire et nous nous sommes rendu compte que c’était assez frustrant pour les clients. Les tailles et les coupes des vêtements varient beaucoup selon les marques. Il était donc difficile pour eux de s’y retrouver sans faire d’essayages. À l’arrivée, de nombreux clients étaient déçus et devaient revendre le produit. De même, nous avons exclu les souliers, car ce sont des objets très personnels qui prennent l’empreinte de leur propriétaire dès la première utilisation.

Mais qui sont justement vos clients ?

Ce sont des clientes ! Notre clientèle est à 90 % féminine. On trouve chez nous trois types de clientes. D’une part, les jeunes femmes à la recherche d’une décote. C’est un premier accès au luxe pour des clientes qui ont épargné plusieurs mois pour s’offrir une pièce phare d’occasion. On trouve également des femmes qui cherchent à contourner la rareté. Chez Hermès, par exemple, il faut attendre plus d’un an pour obtenir un sac, alors qu’en quelques clics sur le site vous pouvez repartir avec l’objet de votre convoitise. Enfin, nous avons une des collectionneuses qui sont à la recherche d’une pièce particulièrement rare, précieuse et donc quasi introuvable en boutique.

Et combien sont-elles prêtes à dépenser pour le sac de leurs rêves ?

Beaucoup. Nous avons la chance d’avoir un panier qui frôle les 1 000 euros. C’est très élevé. Sur le Web, il est habituellement aux alentours de 50 euros. Nous sommes très fiers de le voir régulièrement augmenter. Il y a 3 ans, il était plutôt aux alentours de 600 euros. Nos efforts pour gagner la confiance des clients ont payé. Nous avons gagné en crédibilité et les clients n’hésitent plus à déposer des pièces de plus grande valeur comme à franchir le cap d’un achat relativement onéreux en ligne.

Vous devez donc réaliser un chiffre d’affaires important…

Nous ne communiquons pas sur nos chiffres. Je peux simplement vous dire que le marché de l’occasion représente aujourd’hui 19 milliards de dollars. Instant Luxe compte plus de 700 000 inscrits.

Visez-vous la clientèle du Moyen-Orient, que l’on sait de plus en plus amatrice de produits luxueux ?

Pas directement. Nous cherchons à accroître notre activité sur le très haut de gamme. Nous avons pour cela ouvert un showroom. Cet écrin en plein cœur de Paris est un trait d’union entre le consommateur et la plateforme web qui vise à humaniser la relation client. Nous avons constaté que, passé un certain prix, les clients ont besoin de voir, de toucher et d’essayer le produit pour acheter en toute confiance. D’autre part, nous avons mis en place un service de conciergerie qui prend en charge l’intégralité des démarches. Nos clients n’ont plus qu’à se laisser guider.

Comment appréhendez-vous la concurrence des maisons de vente aux enchères qui multiplient les enchères consacrées aux accessoires de luxe ?

La qualité de l’expertise est la même. Nous faisons appel à des spécialistes, mais, contrairement aux maisons de vente, les clients peuvent vendre leurs biens chez nous à tout moment. Ils peuvent également continuer de profiter du produit jusqu’au jour de la vente. Le produit n’est pas immobilisé. Autre argument, la commission, qui s’échelonne entre 8 et 30 %, est généralement inférieure à celle des maisons de vente.

Entretenez-vous de bonnes relations avec les groupes de luxe ?

Elles sont excellentes. Nous les avons rencontrés au début de l’aventure Instant Luxe pour les rassurer sur le fonctionnement du site. Mais surtout pour leur signifier l’importance toute particulière que nous portons à l’expertise des objets pour écarter la moindre contrefaçon. De plus, beaucoup de clientes revendent chez nous le it-bag d’il y a 3 ans pour ensuite acheter un nouveau sac neuf en boutique. Les marchés du neuf et de l’occasion ne sont pas concurrents. Ils sont complémentaires !

Le franc succès rencontré par les plateformes de vente en ligne de produits d’occasion est-il à l’origine d’un nouveau mode de consommation du luxe ?

Les mentalités des consommateurs ont beaucoup changé. On est passé d’une consommation de possession à une consommation d’usage. Des clientes pensent à la revente dès leur achat. Et il n’est rare que certaines nous appellent avant pour connaître la cote du produit qu’elles s’apprêtent à s’offrir.

Existe-t-il, d’ailleurs, un argus des produits de luxe ?

Pas d’officiel. Nous développons depuis quelques années un logiciel capable d’évaluer la cote du luxe. De nombreuses données sont analysées pour l’estimer au plus juste. Notre but ? Pouvoir d’ici quelques années retracer l’historique complet d’un produit, de son année d’achat à aujourd’hui.