Non, la France n’est pas qu’un « beau pays »

26Avr - by admin9596 - 0 - In Uncategorized

« Que sait-on d’une ville quand on ne voit que son profil le plus avantageux ? » s’interroge Vincent Noyoux . La France n’est pas que chic, élégante et raffinée. C’est aussi une mosaïque de lieux secondaires, ingrats, décevants, mais essentiels. « Ils permettent de respirer entre un château classé et une ville d’art et d’histoire. Ils rappellent que la France a une histoire, que telle vallée sinistrée ne l’a pas toujours été. » Dans son Tour de France des villes incomprises, Vincent Noyoux présente douze destinations où l’on n’irait pour rien au monde passer un week-end : sous-préfectures déprimantes, stations thermales, ports industriels, villes de garnison… La sélection des villes maudites s’est faite selon un certain nombre de critères. « J’ai écarté les villes tristes que parviennent à sauver la présence d’un monument, la fabrication d’une spécialité locale ou la naissance d’un grand homme. Rien de remarquable ne devait flatter l’œil ou susciter la curiosité. Rien ne devait racheter la médiocrité du lieu. » Exit Le Havre, classé à l’Unesco.

Aller vers ce qui est méprisé

Les grincheux y verront l’entreprise d’un snobinard, blasé des voyages de rêve. Cette idée de périple lui est venue en réaction à son « noble » métier de journaliste tourisme. « Je suis payé pour découvrir les plus beaux endroits de la planète, dit-il. Mais, un jour, j’ai eu envie d’aller vers ce qui est habituellement méprisé, avec l’intuition que ce désamour n’est pas tout à fait mérité, sans chercher à réhabiliter un lieu. » Il visite Vesoul comme s’il visitait Venise. « J’ai vu l’abattoir de cochons, car c’est ce que l’office du tourisme proposait ce jour-là. » Dans la vallée de la Fensch, en Lorraine, il prend une route au hasard en suivant le panneau « Pelouse calcaire ». « Ce que je découvris me coupa littéralement le souffle. Une mer de hautes herbes ondulait à l’infini devant moi. La lumière rasante de fin de journée dorait la steppe de graminées, que le vent couchait en longues caresses. Le spectacle était éblouissant. J’en étais ému aux larmes. […] C’est donc ça, les pelouses calcaires : 56 hectares de Mongolie et d’Afrique entre Algrange et Nilvange. Je serais bien resté camper ici la nuit. J’aurais vu des lions et des antilopes et des guerriers Maasaï, mais qui m’aurait cru ? »

Des lieux non touristiques

Les villes moyennes, à l’histoire tranquille, à l’ambition démesurée, sont trompeuses. On croit qu’il ne s’y passe rien, on y vit pourtant des « expériences curieuses, absurdes, hors champ ». Mais comment franchir le pas, oser explorer le côté obscur de cette France que l’on juge un peu vite grise, médiocre et vide ? « Il faut s’y rendre avec une âme de brocanteur, prêt à faire le tri, à voir beaucoup de médiocrité avant de dénicher la perle qui compensera tout le reste, recommande Vincent Noyoux. Il faut être prêt à se salir les yeux, à prendre son temps à s’énerver, à déprimer, à se questionner aussi.  Un lieu non touristique exige un travail intérieur et beaucoup de curiosité. » Vous ne serez pas déçu, prévient l’auteur qui avoue ne s’y être jamais ennuyé une seule fois. De son périple, il a tiré une leçon essentielle : « Un lieu n’est insipide que parce qu’on l’a décidé. »

Le Tour de France des villes incomprises par Vincent Noyoux, éditions du Trésor, 18 euros.