L’exclusivité selon Aman

24Sep - by admin9596 - 0 - In Uncategorized

C’est une histoire comme on les aime. Celle du sauvetage de plusieurs villages médiévaux situés dans la province du Jiangxi, dans le sud-est de la Chine, et menacés d’inondation par la construction du barrage des Trois-Gorges dans les années 2000. Il faudra l’intervention d’un entrepreneur passionné d’histoire et originaire de la région, doublée du soutien du groupe hôtelier Aman, pour que ce projet titanesque voie le jour : dix années durant lesquelles maîtres artisans, ingénieurs et spécialistes du patrimoine vont démonter maison par maison (certaines datant des dynasties Ming et Qing) ; recenser les éléments architecturaux (tels des bas-reliefs et des sculptures ornementales âgés de 2 000 ans !) ; transporter l’ensemble sur plus de 800 kilomètres ; restaurer chacune des pièces et rebâtir les logements à l’identique dans un site préservé près de Shanghai… Sans compter que le projet s’est accompagné d’un plan de sauvegarde d’une forêt de camphriers millénaires, elle aussi menacée. Dix mille arbres de 30 mètres pesant jusqu’à 50 tonnes ont ainsi été délocalisés dans des conditions parfois dantesques, replantés dans leur terre d’origine et chouchoutés par des botanistes durant près de trois ans. Résultat : 40 hectares arborés, agrémentés de lacs, de jardins, de villas et de suites nichées au cœur des bâtisses historiques et se fondant dans un hôtel d’exception qui ouvrira ses portes en 2017. Vous avez dit jusqu’au-boutiste ?


Sur la côte nord de la République dominicaine, au sein d’un complexe golfique, une des « casitas » avec piscine privée de l’Amanera. © Aman

Amanjunkies

L’univers Aman est ainsi une collection d’établissements intimistes et haut de gamme née de la vision de l’Indonésien Adrian Zecha, ancien journaliste et cofondateur de Regent International Hotels, qui dès la fin des années 80 va révolutionner le monde de l’hôtellerie. Pour le comprendre, il faut revenir quelques décennies en arrière. Tout commence sur une plage déserte de Phuket, en Thaïlande, alors que Zecha recherche un terrain pour sa maison de vacances. C’est le coup de foudre. De petits bungalows familiaux en cottages pour les amis le site se mue en hôtel de luxe et prend le nom d’Amanpuri en 1988, sans publicité ni communication. Le bouche-à-oreille fera le reste. Ici, pas de bâtiment principal mais 40 pavillons blottis parmi les cocotiers ; un emplacement de rêve embelli par les eaux turquoise de la mer d’Andaman ; des chambres ultra-spacieuses (de 115 à 235 m2 avec terrasse, jardin et parfois piscine) ; une architecture thaïlandaise intégrée ; un design élégant et épuré imaginé par l’Américain Ed Tuttle ; des équipes discrètes mais aux petits soins et, enfin, un prix minimum de 535 euros la nuit… La légende Aman était née. Et avec elle ses Amanjunkies, club d’aficionados (clients ou non) autoproclamés.


Indonésie – Amanjiwo (1997) © Aman

À la conquête de la planète

Dès lors, le groupe part à la conquête de l’Asie. Puis, dès 1998, des États-Unis, du Maroc, des îles Turques-et-Caïques, au nord d’Haïti, et, enfin, de l’Europe, avec l’ouverture en 2011, au Monténégro, de l’Aman Sveti Stefan, ancien village de pêcheurs perché sur un îlot rocheux au large de la côte Adriatique. Chemin faisant, la marque affine son positionnement, de plus en plus exclusif. Avec des emplacements toujours plus spectaculaires, soit par leur environnement naturel, soit par leur patrimoine historique. On pense notamment à l’Amangiri, planté dans un canyon de l’Ouest américain, ou encore à l’Aman Venice situé sur le Grand Canal, dans un magnifique palais XVIe.


L’Aman Venice a investi le fastueux Palazzo Papadopoli datant du XVIe siècle. © Aman

Tous ont en commun de promouvoir la main-d’œuvre locale et de préserver leur site d’implantation. « If you cut a tree, you kill a man » (« Si vous coupez un arbre, vous tuez un homme »), répète à l’envi Adrian Zecha… D’une adresse à l’autre, l’architecture d’intérieur se fait plus minimaliste via le trio Ed Tuttle, Kerry Hill et Jean-Michel Gathy, rompu aux préceptes de l’enseigne. Plus intimiste aussi, grâce au nombre limité de chambres (40 au maximum) et aux vastes espaces qui confèrent aux clients la sensation d’être seuls dans l’hôtel. Pour le plus grand bonheur des célébrités qui s’y réfugient incognito. Inutile d’ailleurs d’espérer obtenir des noms. À moins de consulter les réseaux sociaux et les magazines people, où filtrent parfois quelques indiscrétions. On y a ainsi identifié George Clooney, Brad Pitt, Angelina Jolie, David et Victoria Beckham ou encore Novak Djokovic.


Grèce – Amanzoe (2012) © Aman

À cette culture du secret et de la confidentialité répondent les expériences proposées, comme celle de découvrir au petit matin, avant l’arrivée des touristes, le temple de Borobudur, en Indonésie ; celle d’accéder directement depuis l’hôtel, via une porte dérobée, au palais d’Été de Pékin ; celle de dormir au milieu des tigres grâce au campement de l’Aman-i-Khas, dans le parc national de Ranthambore, en Inde ; celle de s’aventurer dans le nord de la République dominicaine, sauvage et préservé, quand la concurrence s’agglutine autour de Punta Cana. Ou bien celle d’admirer le mont Fuji en s’immergeant dans la piscine de l’Aman Tokyo, premier hôtel « vertical » de la marque.


Japon – Aman Tokyo (2014) © Aman