Alcools français, le terroir à la mode !

19Nov - by admin9596 - 0 - In Uncategorized

Mais quelle est donc cette eau-de-vie nationale qui caracole en deuxième place à l’exportation derrière le très emblématique cognac ? Réponse : la vodka ! Avec 11 % de parts de marché et près de 500 millions d’euros sur 3,7 milliards, elle est devenue aujourd’hui un alcool avec lequel il faut compter. Élaborée à partir de pommes de terre, de betteraves et d’à peu près tout ce qui pouvait se distiller au temps, pas toujours béni, de l’Union soviétique ; insipide et sans saveur, frappée au congélateur et avalée cul sec en tapant du talon, telle est l’image que beaucoup ont encore aujourd’hui de cet alcool aux accents slaves. Mais ça, c’était avant. Avant que les Français n’entreprennent de créer ce qui est devenu en quelques années un authentique produit du terroir. Issue de blé tendre d’hiver cultivé en Picardie, la vodka Grey Goose a ouvert le ban à la fin des années 1990 et s’est taillé la part du lion sur le marché américain.

Rumporter, une revue consacrée au rhum

Depuis, les marques fleurissent. La vodka Pyla, par exemple, également à base de blé français, filtrée avec le sable de la célèbre dune du Pilat qui lui a inspiré son nom, ou encore la vodka Cîroc, fabriquée à partir de raisin du Sud-Ouest. Que des produits de dégustation, marketing soigné et goût en prime. « C’est ça, la France », chantait Rika Zaraï dans les années 1970. Alexandre Vingtier pourrait reprendre ce succès tombé aux oubliettes. Il n’est pas certain qu’il en connaisse l’air, encore moins les paroles, mais ce qu’il sait parfaitement, c’est que « la France est le seul pays du monde à être capable de faire, avec un vrai niveau qualitatif, tous les spiritueux qui existent sur la planète… Ce n’est pas du chauvinisme, juste une réalité fondée sur un savoir-faire très ancien ». Alexandre Vingtier est consultant international dans l’univers des spiritueux et créateur de la revue Rumporter, consacrée à l’univers du rhum : « La France, c’est très peu d’alcools industriels, on élabore historiquement des produits de goût, on a refusé les alcools neutres. C’est d’ailleurs cette tradition que prolongent aujourd’hui les barmans dans les bars à cocktails, très axés sur la production française. »

La mixologie à la mode

La mode de la « mixologie » a réveillé la belle endormie, jusqu’aux plus anciennes liqueurs qui semblaient condamnées à subir le sort de la chanson de Rika Zaraï, entraînées dans sa chute par le rituel du digestif devenu désuet. Mais c’était compter sans l’activisme des barmans. D’abord les Anglo-Saxons, puis, sur leurs traces, les barmans parisiens comme Stephen Martin (bar à cocktails À la française) ou encore Sullivan Doh (bar à cocktails Le Syndicat), entre autres, devenus en quelques années de véritables ambassadeurs de la cause. Un regain d’intérêt qui a convaincu la Fédération française des spiritueux d’inventer le « spiritourisme » et de mettre en place le Printemps des liqueurs, un tour de France en 30 distilleries, y compris l’outre-mer et en particulier la Martinique, où on produit le seul rhum d’appellation d’origine contrôlée au monde. « C’est une force, poursuit Alexandre Vingtier, le rhum est très à la mode, c’est vraiment le spiritueux du moment, il véhicule une image exotique, avec le rhum on voyage… Et c’est le plus polyvalent de tous les spiritueux, on peut le déguster et il fait par ailleurs vraiment partie de l’univers des cocktails ! »

Fort de cette dynamique nouvelle, les distillateurs bouillonnent d’idées. Les whiskys hexagonaux, qui peinaient jusque-là à trouver leur style, semblent saisis d’un regain de créativité, Bretagne et Alsace en tête, et le gin emboîte le pas à la vodka pour compléter la gamme des alcools blancs, pas neutres du tout. Pour preuve, G’Vine, la dernière création de Jean-Sébastien Robicquet, un gin à base de raisin et de fleurs de vigne, ou encore celui de Guillaume Drouin, producteur de calvados : « J’ai découvert l’univers des bars à cocktails quand la demande pour le calvados s’est développée, et là j’ai abordé un peu par hasard le monde du gin… J’ai été séduit et j’ai eu envie de créer un gin de terroir à partir des pommes de mon verger. J’ai mis du temps à trouver les aromates qui complètent l’équilibre du genièvre et de la pomme à cidre, je voulais élaborer un gin que je serais fier de signer. » Cela ne l’empêche nullement de produire un calvados de tout premier ordre. La France des eaux-de-vie fait sienne la mondialisation… Une mondialisation bien distillée !

Jean-Sébastien Robicquet, Président de la Maison Villevert : « J’ai voulu un véritable ancrage régional »

« Je suis bordelais, j’ai fait des études d’oenologie et de droit. C’est à Cognac que j’ai découvert l’univers des spiritueux. En 2000, j’ai créé ma société, Eurowinegate, un portail Internet destiné à proposer vins et spiritueux français aux Américains. Mais, en 2001, tout a été remis en question avec l’explosion de la bulle Internet. J’ai alors décidé de lier culture du vin et univers des spiritueux, je pensais que vin et raisin pouvaient ennoblir des produits comme la vodka. J’ai donc entrepris d’élaborer une vodka à base de raisin, et j’ai été contacté par le groupe Diageo, qui voulait justement lancer une vodka novatrice. Cîroc est née de ce partenariat. J’ai poursuivi avec le gin et en 2006 j’ai lancé G’Vine, toujours à base de raisin, parfumé à la fleur de vigne. On fait infuser un mélange de fleurs fraîches de différents cépages et chacune apporte sa particularité. Ma dernière création est un vermouth, La Quintinye, ce qu’on appelle un apéritif à base de vin. La base est un pineau des Charentes, j’ai voulu un véritable ancrage régional. Ce que je recherche en permanence, c’est l’élégance et la finesse. Les cocktails, c’est très bien, mais si le produit n’est pas bon nature, c’est un problème. »