L'Elbphilharmonie, vaisseau amiral de la musique

13Jan - by admin9596 - 0 - In Uncategorized


Triplette. Jacques Herzog, Pierre de Meuron et Ascan Mergenthaler, architectes de l’Elbphilharmonie. © DR

C’est le chef-d’œuvre de la décennie. Le 11 janvier, après quinze longues années d’attente et une facture très salée (865 millions d’euros, contre 77 millions estimés au départ), l’étrange vaisseau fantôme de la Philharmonie de Hambourg sort enfin de la brume des docks de Haffencity, ouvrant ses portes en grande pompe près de l’hypercentre de cette ville portuaire située à l’embouchure de l’Elbe. À la manœuvre, le fameux duo suisse Jacques Herzog et Pierre de Meuron, prix Pritzker 2001 (le Nobel des architectes) et concepteurs du « nid d’oiseau » du grand stade des JO de Pékin ou du musée de la Tate Modern à Londres. Ils dotent la cité hanséatique d’un bâtiment futuriste promettant de rééditer le choc planétaire de l’iconique musée Guggenheim de Bilbao, construit par Frank Gehry. « Retards, coûts ayant grimpé de façon chaotique… Nous avons dû faire face à des problèmes monstrueux. Mais ce projet voulu par le peuple a survécu, car il porte en lui la force et l’énergie propres à la ville de Hambourg », commente Jacques Herzog.


Mosaïque. Les voiles du bâtiment futuriste émergent au-dessus des canaux de l’ex-quartier des entrepôts. © Dirk Eisermann/LAIF-REA

Balcon. La Plaza, une place publique perchée à 37 mètres de hauteur. © Iwan Baan

Édifice trois en un à nul autre pareil, ce gratte-ciel de 26 étages joue la carte du contraste pour réussir au mieux à capter le regard et frapper les esprits. Dressée sur le socle d’un ancien entrepôt de cacao en brique rouge – construit en 1966 par Werner Kallmorgen et classé monument historique –, sa scintillante voile de verre et d’acier se déploie par vagues successives jusqu’au sommet de la toiture formant une couronne qui trône jusqu’à 110 mètres de hauteur, en surplomb de l’Elbe. À l’intervalle de ces deux blocs, desservie par le plus long Escalator d’Europe, une plateforme panoramique ouverte au public, avec promenade extérieure permettant de faire le tour de la rotonde à 37 mètres de hauteur, offre des vues époustouflantes sur les grues du port et les clochers de la ville. Véritable couteau suisse, le nouvel ensemble accueille en outre à chaque extrémité de ce belvédère un hôtel 5 étoiles de 247 chambres et suites, ainsi qu’une luxueuse résidence de 45 appartements climatisés.


« Elphie ». La grande salle symphonique et ses gradins en vignoble qui dominent la scène. © Michael Zapf

Mais le clou du spectacle se cache au cœur du Meccano, déjà surnommé « Elphie » par la population locale. Avec ses gradins en vignoble rappelant la révolutionnaire philharmonie de Berlin de Hans Scharoun (1963), la grande salle symphonique, qui propose 2 100 sièges répartis sur 3 étages, offre une vue imprenable sur la scène à chaque spectateur, situé à moins de 30 mètres du chef d’orchestre. Les murs sont revêtus d’une « peau blanche », composée de 10 000 panneaux en fibre de gypse réalisés en plâtre naturel et papier recyclé. Ne vous fiez pas à leur apparence organique qu’on dirait sculptée à la main. Chaque panneau a été calculé en 3D et produit au millimètre afin d’obtenir une structure de surface optimale et restituer un son parfait – réglé par le célèbre acousticien japonais Yasuhisa Toyota, qui a aussi œuvré à la philharmonie que Jean Nouvel vient de réaliser à Paris. « Ces éléments de plâtre garantissent l’acoustique et donnent également la beauté architecturale de cette forme mouvementée, souligne Jacques Herzog. Au contraire de l’art, l’architecture fonctionne avant tout par l’usage, mais aussi par la perception du public. »


Des alvéoles calculées en 3D pour une meilleure acoustique. © DR

Voyage au coeur de l’Elbphilarmonie


Voyage au cœur de l’Elbphilharmonie © DR