Fabuleuses au foyer : être mère en 2017, ce n'est ni rose, ni noir, ni blanc

28Jan - by admin9596 - 0 - In Uncategorized

« Cette semaine, j’ai fait une chose complètement dingue. J’ai démissionné de mon boulot pour devenir maman au foyer. » Un courrier émouvant de courage et de sincérité est arrivé ce matin dans ma boîte mail. J’ai eu envie d’y répondre ici, pour cette jeune maman de 29 ans et pour toutes les autres.

« Aujourd’hui, m’écris-tu, on crie sur tous les toits que la femme est l’égale de l’homme, qu’elle doit pouvoir faire carrière et s’épanouir à l’extérieur. Faire cinq ans d’études pour finir à la maison et passer pour une fainéante aux yeux de mon entourage ? Avec tous ces psys au chômage qui désespèrent de trouver un emploi, moi, je quitterais le mien volontairement ? Et puis, je l’adore, moi, ce boulot ! En plus, je ne travaille qu’à mi-temps avec des horaires plus que convenables. Si je n’arrive pas à combiner vie de famille et vie professionnelle dans ces conditions, je suis vraiment une incapable. Rester 24 heures sur 24 avec mes enfants, est-ce que j’y arriverai ? Si je ne travaille pas à l’extérieur, j’ai intérêt à être une maman au top du top : aucun faux pas ne sera admis ! Quelle reconnaissance pourrai-je espérer ? Et le regard des autres ? Et la stimulation intellectuelle ? Et la solitude ? Et la dévalorisation ? L’auto-dévalorisation ? Le trou dans mon CV ? Et l’équilibre de mon couple ? »

« Oui, tu as fait une chose complètement dingue »

« Malgré tout cela, dis-tu, je suis malade de savoir mon petit bout à la crèche alors que je pourrais être près de lui. Maman au foyer n’est peut-être pas un boulot rémunéré ni socialement valorisé, mais il est tout aussi important qu’un autre pour mes enfants d’abord, pour notre société ensuite. Bref, je suis tiraillée et je n’arrive pas à réunir toutes ces pensées de manière cohérente. Mais, finalement, je suis heureuse d’enfin oser faire ce que j’ai toujours eu envie de faire : m’occuper de mes enfants. »

Oui, tu as fait une chose complètement dingue. Par les temps qui courent, on ne quitte pas son boulot. Ta décision est risquée et les gens ne manqueront pas de te le rappeler. Mais souviens-toi qu’au fond, même sans le dire, ils respecteront ton courage. Il n’y a rien de plus inspirant qu’une femme qui fait un pied de nez aux bien-pensants pour oser s’aligner sur ses aspirations.

Nos grand-mères et nos mères ont gagné pour nous le droit d’être au four de la logistique familiale et au moulin de l’épanouissement professionnel. Oui, la femme est l’égale de l’homme. Alors, puisque l’immense majorité des hommes ne fait pas tout, pourquoi les femmes devraient-elles tout faire ? Pourquoi n’aurions-nous pas le droit, nous aussi, de choisir où investir notre temps et notre énergie ?

Pour ce qui est de ta peur de la fainéantise, je ne me fais pas trop de souci pour toi : tu n’auras besoin que de quelques semaines pour réaliser qu’une vie au foyer a de quoi être largement plus épuisante que tes anciennes heures au bureau !

« Tu es une femme intelligente »

Tu es une femme intelligente. Aucun risque de tomber dans le cliché de la mère au foyer plantée H 24 devant Les Feux de l’amour… Tu n’es pas obligée de rester seule avec toi-même. Ta stimulation intellectuelle n’appartient qu’à toi : lis des livres, pose des questions, écris tes impressions, entoure-toi de personnes éclairées, échange tes réflexions… Fais mentir les préjugés !

Je t’en supplie, ne tombe pas dans le piège du perfectionnisme. Ton choix de quitter ton emploi ne signifie en aucun cas que tu dois améliorer ta « performance » maternelle. Être mère, ce n’est pas un travail comme un autre. Ce sont des relations avec tes enfants. C’est de l’humain. Et, dans l’humain, le top du top n’existe pas. Vouloir combiner maternité et perfection, c’est risquer de devenir un dictateur dans son foyer. Alors, n’oublie jamais : tu n’as pas besoin d’être parfaite pour être fabuleuse.

Parfois, tu auras envie de pleurer devant le tas de linge sale qui ne baisse jamais. Tes oreilles bourdonneront, surtout le mercredi en fin de journée, et tu te surprendras à avoir envie de fuir les cris des enfants. Alors, fais-le. Offre-toi des pauses, loin de la logistique familiale. N’aie pas honte de communiquer clairement tes besoins de calme à ton conjoint. Puisque vous avez pris votre décision ensemble, je suis persuadée qu’il répondra présent lorsque tu auras besoin de disparaître de la circulation le temps de prendre soin de toi et de toi seule.

« Tu as osé t’écouter toi »

Et pour que vous puissiez vous retrouver à deux : si ce n’est pas déjà fait, trouve-toi d’urgence une baby-sitter sur laquelle tu peux compter dans le quartier ! Ce n’est pas parce que tu es désormais maman au foyer que tu n’as pas le droit de déléguer la garde de tes enfants de temps en temps. C’est même vital pour toi et pour ton couple.

N’oublie jamais que la vie est faite de saisons. Cette saison que tu as choisi de vivre au coeur de ton foyer sera loin d’être un trou dans ton CV, si toutefois tu décides de ne pas t’excuser, de ne pas subir, de ne pas te laisser submerger par la peur, d’assumer ton choix et de vivre cette nouvelle vie en y prenant le plus de plaisir possible.

Tu as le droit d’être tiraillée. Tes pensées ont le droit de manquer de cohérence. Être mère en 2017, ce n’est ni rose, ni noir, ni blanc. C’est aussi bariolé que la purée de carottes qui émaille ton pull de soie et aussi compliqué qu’une équation à trois inconnues. Mais, dans tout cela, tu as osé faire un choix personnel, un choix du coeur, tu as osé t’écouter toi.

« Je ne crois pas que mon histoire mérite plus qu’une autre d’être racontée. » Merci toutefois d’avoir partagé avec moi la tienne, qui reflète ton courage dans un virage de ta vie pas si simple à négocier. « Je suis sûre de moi et apeurée », m’écris-tu. Oui, on peut être les deux. « Je suis féministe et mère au foyer », me dis-tu. Oui, on peut être les deux.

En 2012, Hélène Bonhomme vit la naissance de ses jumeaux comme un tsunami. Se sentant un peu désarmée face à cette vie de maman dont elle avait pourtant rêvé, elle décide de partir à la recherche de contenus pertinents sur l’art d’être une maman qui aime sa vie au XXIe siècle. C’est ainsi que voient le jour le site Fabuleuses au foyer ainsi que le livre collaboratif illustré « Il y a une fabuleuse dans chaque foyer » (Première Partie, 2015). Son deuxième livre, « C’est décidé, je suis fabuleuse, petit guide de l’imperfection heureuse », vient de paraître.