Tempêtes du siècle

20Déc - by admin9596 - 0 - In Uncategorized

De violentes tempêtes balayent la France en décembre 1999, touchant une majorité des régions métropolitaines. 139 millions de m3 de bois sont au sol, sur un stock de plus de 2 milliards de m3. Les pertes économiques sont considérables. Ecologiquement parlant, les peuplements touchés sont des futaies souvent régulières ; l’accroissement de bois mort ainsi produit, trop faible en France, relativise l’impact sur la biodiversité. Seulement dans quelques forêts apparaissent des impacts négatifs sur la faune et la flore. Les associations sont attentives bien plus aux conséquences des choix sylvicoles passés et aux dommages colatéraux sur la biodiversité d’une exploitation réalisée dans l’urgence. Elles sont source de propositions alternatives de gestion. Le débat forestier prend alors une autre tournure, car l’ampleur des tempêtes et ses effets dans bien des régions met les questions forestières sur le devant de la scène médiatique nationale pendant plusieurs mois. Le public s’intéresse à nouveau à la problématique des résineux en plaine, des forêts monospécifiques, de la biodiversité des forêts. L’expertise collective INRA/Cemagref/IDF/ONF animée par le Gip Ecofor a surtout étudié la résistance des forêts aux aléas, mais Lescuyer (2004) indique que « pour des écosystèmes relativement peu riches en espèces, une biodiversité élevée entraîne une meilleure productivité, stabilité, résilience, résistance ». Une sylviculture favorisant la résilience de l’écosystème et s’appuyant sur le bon fonctionnement de l’écosystème est la gestion en futaie irrégulière ou continue, soutenue par le réseau de gestionnaires forestiers Pro Silva. Cette dernière est à l’honneur. De nombreux articles sont publiés dans la RFF sur ce sujet entre 1999 et 2000. Des forestiers, et en particulier à l’ONF, s’engagent à renouveler les méthodes vers une gestion forestière prenant davantage en compte le fonctionnement naturel. Dans son guide « Reconstitution des forêts après tempête » (Mortier et Rey, 2002), l’ONF préconise de « façonner une forêt productive plus stable, plus naturelle, plus diversifiée et plus résiliente ». Un ambitieux plan chablis est lancé, afin de mobiliser les bois, de favoriser le stockage, et in fine la reconstitution des peuplements. Malheureusement, alors que ces financements auraient pu servir à la mise en oeuvre sur le terrain de mesures favorables aux fonctions écologiques et sociales, ils n’ont été conditionnés à aucune orientation sur la question. Bien au contraire, la circulaire pour la reconstitution après tempête prône la « reconstitution à l’identique ». Les actions favorables à la biodiversité se retrouvent dans une annexe, laissée à la libre appréciation des Régions. Une clause « biodiversité » permettant la mise de côté de jusqu’à 30 % de la superficie restaurée, si elle était gérée dans un but de diversification ou de conservation, et une circulaire portant sur la question furent bien produites mais ces mesures restèrent sans financement national. Sans orientations nationales claires et surtout financement spécifique, les Régions les ont très peu appliquées (Subotsch-Lamande, 2002). Ainsi, si les forêts publiques ont majoritairement été reconstituées par régénération naturelle, les forêts privées ont eu massivement recours à la plantation – moins favorable à l’équilibre écologique – de par les modalités des aides attribuées. Dans plusieurs régions, par exemple, la futaie irrégulière ne pouvait pas recevoir d’aide à la reconstitution.